
Poucinet
de Édouard Laboulaye
Contes Bleus
Ilustraciones de
Yan Dargent
1864
Poucinet
Conte
Finlandais
I
Il y
avait une fois un paysan qui avait trois fils: Pierre, Paul et Jean Pierre
était grand, gros, rouge et bête ; Paul était maigre, jaune, envieux et méchant; Jean était pétri de malice et blanc comme une femme, mais si petit qu'il se
serait caché dans les grandes bottes de son père; aussi l'avait-on surnommé
Poucinet.
Pour toute richesse ici-bas le paysan n'avait que sa famille; c'était
fête au logis quand, par
[pag.99] hasard, on y entrevoyait l'ombre d'un sou. Le seigle
était cher, la vie rude; aussi, dès que les trois enfants commencèrent à
travailler, le bon père les engagea-t-il soir et matin à quitter la cabane où
ils étaient nés, et à courir le monde pour y chercher fortune.
— A
l'étranger, leur disait-il, le pain n'est pas toujours facile à gagner, mais il
y en a ; tandis qu'ici, ce qui peut vous arriver de plus heureux, c'est de
mourir de faim.
Mais
voici qu'à une lieue de la cabane le roi du pays avait son palais; un magnifique
édifice tout en bois avec vingt balcons découpés et six fenêtres vitrées. Et
voilà que tout à coup, par une belle nuit d'été, juste en face des fenêtres, il
sort de terre un grand chêne, avec tant de branches et de feuilles qu'on ne
voyait plus clair dans la maison dw roi. Abattre ce géant n'était pas chose
facile; il n'y avait pas de cognée qui ne s'émoussât sur le tronc, et pour
chaque branche ou chaque racine qu'on coupait, il en poussait deux.
En vain le roi avait promis trois sacs d'écus à qui le délivrerait de ce
voisinage incommode. De guerre lasse, il avait fallu se résignei à éclairer le
palais en plein jour.
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Ce n'est pas tout: dans un pays où les ruisseaux sor'ent de la pierre môme, il
n'y avait pas d'eau dans le manoir royal. L'été, il fallait se laver les mains
avec de la bière et se débarbouiller avec de l'hydromel. C'était une honte;
aussi le prince avait-il promis des terres, de l'argent et un litre de marquis à
celui qui, dans la cour du château, creuserait un puits assez profond pour
donner de l'eau toute l'année.
Mais
personne
n'avait pu gagner le prix, car le palais était sur une hauteur, et à un pied du
sol on trouvait !e granit.

Le roi avait mis ces deux choses dans sa tête, et ne voulait
pas en démordre. Si
petit prince qui! fùl, il n'était pas moins enlêlé qu'un empereur de
Chine.
C'est le privilège de la charge. Pour eu venir à ses fins, il fit afficher dans
toute l'étendue de ses domaines une grande pancarte revêtue des armes royales. A
celui qui abattrait le chôue et creuserait le puits, il n'offrait rien de moins
que la main de la princesse sa fille et la moitié de son royaume. La princesse
était belle comme le jour, la meitié d'un royaume n'est jamais à dédaigner; il y
avait là de quoi tenter plus d'un ambitieux.
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Aussi de Suède et de Norvège, de Danemark et de Russie, des îles et du continent
vint-il une foule de robustes ouvriers, la cognée sur l'épaule et la pioche à la
main.
Mais
ils eurent beau tailler et couper, piocher et creuser, ce fut peine perdue. A
chaque coup le chêne devenait plus dur et le granit ne devenait pas plus tendre;
si bien que les plus hardis finirent par y renoncer.
II
Un
jour que dans le pays on avait beaucoup parlé de cette affaire qui tournait
toutes les tètes, les trois frères se demandèrent pourquoi, si leur père y
consentait, ils n'iraient point tenter la fortune. Réussir, ils n'y comptaient
guère, et ne prétendaient ni à la princesse ni à la moitié du royaume; mais qui
sait s'ils ne trouveraient pas, à la cour ou ailleurs, une place et un bon
maître? c'était tout ce qu'il leur fallait.
Le père
approuva ses fils; Pierre, Paul et Jean se mirent en route pour aller au palais
du roi.

Tandis
qu'il marchaient, Poucinet courait le
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long de la route, allant et venant comme
un chien en chasse, regardant tout, étudiant tout, furetant partout. Mouches,
herbes, cailloux, rien n'échappait à ses yeux de souris. Sans cesse il arrêtait
ses frères pour leur demander le pourquoi de toutes choses; pourquoi les
abeilles entraient-elles dans le calice des fleurs? pourquoi les hirondelles
rasaient-elles les rivières? pourquoi les papillons volaient-ils en zigzag? A toutes ces questions Pierre se
mettait à rire, Paul haussait les épaules et imposait silence à Poucinet, en
l'appelant un orgueilleux et un impertinent.
Chemin
faisant, on entra dans un grand bois de sapins qui couvrait une montagne.
Sur la hauteur on entendait un bruit de cognée, un craquement de branches qui
tombaient.
— Ça m'étonne bien qu'on abatte des arbres sur la crête d'une montagne, dit
Poucinet.
— Ça m'étonnerait bien si tu ne t'étonnais pas, répondit Paul d'un ton sec. Tout
est merveille pour les ignorants.
— Enfant! on dirait que tu n'as jamais vu de bûcherons, ajouta Pierre en tapant
sur la joue de son petit frère.
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— Cest égal, dit Poucinet, je suis curieux de voir ce qui se passe là-haut.
— Va, dit Paul, fatigue-toi ; cela to servira de leçon, petit vaniteux, qui veux
en savoir plus que les grands frères.
Poucinet ne s'inquiéta guère de la remarque; il grimpa, il courut, écoutant d'où
venait le bruit et se dirigeant de ce coté. Quand il arriva en haut de la
montagne, que croyez-vous qu'il trouva? Une cognée enchantée, qui toute seule et
pour son plaisir taillait un pin de la plus belle venue.
— Bonjour, madame de la Cognée, dit Poucinet. Ça ne vous ennuie pas d'être là
toute seule à hacher ce vieil arbre?
— Il y
a longues années que je t'attends, mon fils, répondit la cognée.

— Eh
bien, me voici, répondit Poucinet.
Et,
sans s'étonner de rien, il prit la cognée, la mit dans son grand sac de cuir et
descendit gaiement.
—
Quelle merveille monsieur l'étonné a-t-il vue là-haut? dit Paul en regardant
Poucinet d'un air dédaigneux.
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—
Celait bien une cognée que nous entendions, répondit l'enfant.
— Je
te l'avais dit, reprit Pierre; te voilà en nage pour rien ; tu aurais mieux fait
de rester avec nous.
Un peu
plus loin la route était péniblement ouverte entre des masses de rochers, et
dans le lointain on entendait sur la hauteur un bruit sec comme celui du fer qui
frappe sur la pierre.
— Ça métonne bien qu'on attaque un rocher par là-haut, dit Poucinet.
— Vraiment, dit Paul, monsieur est sorti hier de sa coquille ; il n'a jamais
entendu un pivert frappant de son bec le creux d'un vieil arbre.
—
C'est vrai, dit Pierre en riant, c'est un pivert, reste avec nous, bambin.
— C'est égal, dit Poucinet, je suis curieux de voir ce qui se passe là-haut.
Et le voilà qui se met à grimper sur le rocher en rampant sur les mains et les
genoux, tandis que Pierre et Paul se moquaient de lui.
Quand il arriva en haut du rocher, que croyez-vous qu'il trouva? Une pioche
enchantée qui, toute seule et pour son plaisir, creusait le roc
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comme si c'eût
été une terre molle. A chaque coup elle pénétrait de plus d'un pied.
— Bonjour, madame de la Pioche, dit Poucinet ; ça ne vous ennuie pas d'être là
toute seule à creuser ce vieux rocher ?
— Il y
a longues années que je t'attends, mon fils, répondit la pioche.
— Eh
bien, me voici, répondit Poucinet.
Et,
sans s'étonner de rien, il prit la pioche, la démancha, mit les deux morceaux
dans son grand sac de cuir, et descendit gaiement.

— Quel
miracle Sa Seigneurie a-t-elle vu là-haut? demanda Paul d'un ton impertinent.
—
C'était une pioche qu'on entendait, répondit l'enfant.
El il
reprit son chemin sans en dire davantage.
Un peu
plus loin on arriva à un ruisseau: l'eau était transparente et fraîche ; les
voyageurs avaient soif: chacun se mit à boire dans le creux de sa main.
— Ça m'étonne bien qu'il y ait tant d'eau dans une vallée si peu profonde, dit
Poucinet. Je voudrais savoir d'où sort ce ruisseau.
— Vous verrez, dit Paul, qu'un de ces jours
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cet impertinent en remontrera au bon
Dieu en personne. Monsieur l'étonné ne sait pas encore que les ruisseaux sortent
de terre?

— C'est égal, dit Poucinet, je suis curieux de voir d'où vient cette eau.
Et le voilà qui remonte le ruisseau malgré les cris et les reproches de ses
frères. Il va, il court jusqu'à ce qu'enfin l'eau diminue, diminue.
Et
quand il fut arrivé au bout, que croyez-vous qu'il trouva? Une coquille de noix,
du fond de laquelle l'eau jaillissait et brillait au soleil.
—
Bonjour, madame de la Source, dit Poucinet ; ça ne vous ennuie pas d'être là
toute seule à jaillir dans votre petit coin?
— Il y
a longues années que je t'attends, mon fils, répondit la coquille de noix.
— Eh
bien, me voici, dit Poucinet.
Et, sans s'étonner de rien, il prit la coquille de noix, la tamponna avec de la
mousse atin que l'eau ne pût pas sortir, et puis il mit la noix dans son grand
sac de cuir et descendit gaiement.
—
Sais-tu maintenant d'où sort ce ruisseau? lui cria Pierre du plus loin qu'il
l'aperçut.
— Oui,
mon frère, dit Poucinet; il sort d'un petit trou.
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— Cet
enfant a trop d'esprit, dit Paul ; on ne pourra jamais l'élever.
— J'ai
vu ce que je voulais voir, dit tout bas Poucinet ; et je sais ce que je voulais
savoir, ça me suffit.
Et,
sur ce, il se frotta les mains.
III
On arriva enfin au palais du roi. Le chêne était plus gros et plus touffu que
jamais ; il n'y avait point de puits dans la cour du château, et à la porte du
palais était toujours pendue la grande pancarte qui promettait la main de la
princesse et la moiiié du royaume à quiconque, noble, bourgeois ou paysan,
exécuterait les deux choses que désirait Sa Majesté. Seulement, comme le roi
était fatigué de tant d'essais inutiles qui n'avaient servi qu'à le désespcier,
on avait mis une petite pancarte au-dessous delà grande; et sur cette petite
pancarte on avait écrit en letres rouges ce qui suit :
«Soit donné avis par les présentes que, dans
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son inépuisable bonté, Sa Majesté
le roi a daigné ordonner que quiconque ne réussira point à abattre le chêne, ou
à creuser le puits, aura les oreilles coupées sur l'heure même, pour lui
apprendre à se connaître lui-même, ce qui est la première leçon de la sagesse.»
Et afin que tout le monde pût profiter de ce conseil prudent, on avait cloué
autour de la pancarte une trentaine d'oreilles toutes sanglantes, à l'adresse de
ceux qui manqueraient un peu de modestie.
Quand Pierre eut lu l'affiche, il se mit à rire, retroussa ses moustaches,
regarda ses bras où les veines gonflées marquaient comme autant de cordes
bleues; puis i'I tourna deux fois sa cognée autour de sa tête, et d'un coup il
abattit une des grosses branches de l'arbre maudit.
Mais tout aussitôt il en repoussa deux, chacune plus grande et plus forte que la
première; si bien que les gardes du roi saisirent le malheu- reux bûcheron, et,
séance tenante, lui coupèrent les deux oreilles.
— Tu n'es qu'un maladroit, dit Paul à son frère.
Il prit à son tour sa cognée, tourna lentement
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racine qui sortait du sol, il la trancha d'un seul coup. Au même instant deux
énormes racines firent sauter la terre, et de chacune d'elles s'élança un jet
vigoureux tout chargé de feuillage.
— Saisissez ce misérable! s'écria le roi furieux; et puisque l'exemple de son
frère ne lui a pas servi, coupez-lui les deux oreilles au ras de la joue.
Sitôt
dit, sitôt fait ; mais ce double malheur de famille ne parut pas effrayer
Poucinet; il avança résolument pour tenter la fortune.
—
Chassez-moi cet avorton! cria le roi; et s'il résiste, coupez-lui tout de
suite les oreilles; il y gagnera une leçon et nous épargnera sa sottise.
— Pardon, Majesté! dit Poucinet, un roi n'a que sa parole; j'ai le droit
d'essayer ; il sera toujours temps de me couper les oreilles quand je n'aurai
pas réussi.
— Va donc, dit le roi en soupirant ; mais prends garde que je ne te fasse couper
le nez par-dessus le marché.
Du fond de son grand sac de cuir Poucinet tira la cognée enchantée ; elle était
presque aussi
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haute que lui, et il eut quelque peine à la mettre debout, le
manche appuyé sur la terre.
—
Coupe! coupe! lui cria-t-il.
Et voici la cognée qui coupe, qui taille, qui fend, qui abat, à droite, à
gauche, en haut, en bas.
Tronc,
branches, racines, tout est en morceaux; ce fut l'affaire d'un quart d'heure; et
cependant il y avait tant de bois, tant de bois, que la cour tout entière s'en
chauffa pendant plus d'un an.
Quand
l'arbre fut abattu et rasé, Poucinet s'approcha du roi, qui avait fait asseoir
la princesse auprès de lui, et il leur fit à tous deux un salut gracieux.

— Votre Majesté, dit-il, est-elle satisfaite de son fidèle sujet?
— Oui,
dit le roi; mais il me faut mon puits, ou sinon gare tes oreilles!
— Que
Votre Majesté veuille bien m'indiquer l'endroit qui lui convient, dit Poucinet;
j'essayerai encore une fois d'être agréable à mon souverain.
On se rendit dans la grande cour du palais; le roi se plaça sur un siège élevé ;
la princesse se mit un peu au-dessous de son père et commença à regarder avec
une certaine inquiétude le petit
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mari que le ciel lui envoyait. Ce n'était pas
un époux de cette taille qu'elle avait rêvé.
Sans se troubler le moins du monde, Poucinet tira de son grand sac de cuir la
pioche enchantée; il l'emmancha tranquillement; puis, la plaçant à terre au
lieu indiqué:
— Pioche! pioche! lui cria-t-il.
Et voilà la pioche qui fait sauter en éclats le granit, et qui, en moins d'un
quart d'heure, creuse un puits de plus de cent pieds de profondeur.
— Votre Majesté, dit Poucinet en saluant le roi, trouve-t-elle que cette citerne
soit assez creuse?
— Oui, certes, dit le roi ; mais il y manque de l'eau.
— Que Votre Majesté m'accorde une minute, dit Poucinet, et sa juste impatience
sera satisfaite.
Disant cela, il tira de son grand sac de cuir la coquille de noix tout
enveloppée de mousse, et la plaça sur une grande vasque où, faute d'eau, on
avait mis des fleurs. Une fois que la coquille fut solidement entrée dans la
terre:
—
Jaillis ! jaillis ! cria-t-il.
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Et
voici l'eau qui jaillit au milieu des fleurs en chantant avec un doux murmure,
et qui retombe en pluie et en cascade, avec une telle fraîcheur que toute la
cour en avait froid, avec une telle abondance qu'en un quart d'heure le puits
était rempli, et qu'il fallut creuser en toute hâte un ruisseau pour se délivrer
de cette richesse menaçante.

—
Sire, dit Poucinet en mettant un genou en terre devant le fauteuil royal, Votre
Majesté trouve-t-elle que j'aie rempli ses conditions?
— Oui,
marquis de Poucinette, répondit le roi; je suis prêt à te céder la moitié de
mon royaume, ou à t'en payer le prix, au moyen d'un impôt que mes fidèles sujets
seront trop heureux d'acquitter; mais, pour te donner la princesse et t'appeler
mon gendre, c'est une autre affaire, car cela ne dépend pas de moi seul.
— Que faut-il faire? demanda fièrement Poucinet, en mettant le poing sur la
hanche et en regardant la princesse.
— Tu le sauras demain, reprit le roi ; en attendant tu es mon hôte, on va te
préparer la plus belle chambre du château.
Le roi parti, Poucinet courut à ses deux frères,
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qui, avec leurs oreilles
coupées, avaient l'air de chiens ratiers.
— Ah! mes bons amis I leur dit-il, voyez si j'avais tort de m'étonner de toutes
choses el d'en chercher la raison?
— Tu as eu de la chance, reprit froidement Paul; la fortune est aveugle et ne
choisit pas toujours le plus digne.
— Tu as bien fait, mon enfant, dit Pierre. Avec ou sans oreilles, je me réjouis
de ton bonheur, et je voudrais que noire père fût ici.
Poucinet emmena ses deux frères avec lui; et, comme il était en faveur, le jour
même un chambellan trouva moyen d'occuper au château les deux essorillés.
IV
Rentré dans ses appartements, le roi ne dormit pas. Un gendre tel que Poucinet
ne lui plaisait guère ; Sa Majesté cherchait comment elle pourrait ne pas tenir
sa parole sans avoir l'air d'y manquer. Pour les honnêtes gens, c'est une
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œuvre
difficile. Placé entre son honneur et son intérêt, jamais un coquin n'iiésite;
mais c'est pour cela qu'il est un coquin.
Dans son anxiété, le roi fit appeler Pierre et Paul ; les deux frères pouvaient
seuls lui faire connaître l'origine, le cai'aclère et les moeurs de Poucinet.
Pierre fit l'éloge de son petit frère, ce qui charma médiocrement Sa Majesté ;
Paul mit le roi plus à Taise en lui prouvant que Poucinet n'était qu'un
aventurier, et qu'il serait ridicule qu'un grand prince se crût obligé envers un
vilain.

— Cet enfant est si vaniteux, ajouta le méchant frère, qu'il se croit de taille
à affronter un géant. Dans ce district vit un Troll(1) qui est la terreur du
voisinage; il enlève les bœufs et les vaches à dix lieues à la ronde; eh bien,
Poucinet a répété plusieurs fois que, s'il voulait, il ferait de ce monstre son
valet.
— C'est ce que nous verrons, dit le roi. Là-dessus il congédia les deux frères,
et dormit tranquillement.
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Le lendemain, en présence de toute la cour, le roi fit appeler Poucinet.
Il
arriva blanc comme le lis, frais comme la rose, souriant comme le matin.
— Mon
gendre, dit le roi en appuyant sur ces mots, un brave tel que vous ne peut pas
épouser une princesse sans lui donner une maison digne d'elle.
Il y a dans ces bois un Troll qui a, dit-on, vingt pieds de haut, et qui mange
un bœuf à son déjeûner. Avec un habit galonné, un chapeau à trois cornes, des
épaulettes d'or et une hallebarde de quinze pieds, cela ferait un portier digne
d'un roi.
Ma
fille vous prie de lui faire ce petit cadeau, après quoi elle verra à vous
donner sa main.
— Ça
n'est pas aisé, dit Poucinet ; mais pour plaire à Son Allesse, j'essayerai.
Il
descendit à l'office, mit dans son grand sac de cuir la cognée enchantée, un
pain, un morceau de fromage et un couteau, puis, jetant son sac sur son épaule,
il prit le chemin des bois. Pierre pleurait, Paul souriait, et comptait bien
qu'une fois parti, son frère ne reviendrait jamais.
Entré dans la forêt, Poucinet regarda de droite
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et de gauche, mais les herbes
l'empêchaient de voir. Alors il se mit à chantera plein gosier:
Troll par ci, Troll par là,
Où donc es-tu? Je le défie!
Il me
faut ton corps ou ta vie;
Troll par ci, Troll par là,
Veux-tu te montrer?
Me voilà! cria le géant avec un hurlement épouvantable; attends-moi, je ne
ferai de toi qu'une bouchée.
— Ne te presse pas, mon bon ami, répondit Poucinet de sa petite voix pointue;
j'ai une heure à te donner.
Quand le Troll arriva, il tourna la tète de tous côlés, fort étonné de ne rien
voir; enfin, baissant les yeux, il aperçut un enfant assis sur un arbre renversé
et tenant un grand sac de cuir entre ses genoux.
— Est-ce toi qui m'as tiré de mon somme, vaurien? dit-il en roulant de gros yeux
flamboyants.
— Moi-môme, mon cher, dit Poucinet; je viens te prendre à mon service.
— Ah!
ah! dit le géant, qui était aussi bête
[p.117] qu'il était grand; nous allons rire. Je
vais le jeter dans ce nid de corbeaux que j'aperçois là-haut; ça t'apprendra à
rôder dans ma forêt.

— Ta forêt? reprit l'enfant; elle est à moi plus qu'à toi ; si tu dis un mot, je
la rase en un quart d'heure.
— Ah!
ah! reprit le géant, je voudrais voir ça, mon petit bonhomme.
Poucinet avait placé la cognée à terre
—
Coupe! coupe! lui cria-t-il.
Et voici la cognée qui coupe, qui taille, qui fend, qui abat, à droite, à
gauche, en bas, en haut. Et voilà les branches qui pleuvenl sur la tête du
Troll, dru comme grêle en temps d'orage.

— Assez, assez, dit le géant, qui commençait à avoir peur ; ne me détruis pas ma
forêt. Qui donc es-tu ?
— Je suis le fameux sorcier Poucinet ; et je n'ai qu'à dire un mot pour que ma
cognée te tranche la tête. Tu ne sais pas encore à qui lu as
affaire. Reste là.
Le géant s'arrêta, fort intrigué de ce qu'il avait vu.
Poucinet, qui avait faim, ouvrit son
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grand sac de cuir et en tira son pain et
son fromage.
— Qu'est-ce que c'est que cette chose blanche? demanda le Troll, qui n'avait
jamais vu de fromage.
—
C'est une pierre, dit Poucinet.
Et il y mordit à belles dents.
— Tu manges des pierres? dit le géant.
— Oui, c'est ma nouri-iture habituelle; c'est pour cela que je ne grandis pas
comme loi, qui manges des bœufs ; mais c'est pour cela que, dans ma petite
taille, je suis dix fois plus fort que toi. Mène-moi à ta maison.
Le Troll était vaincu ; il marcha devant Poucinet comme un gros chien devant un
enfant, et le fit entrer dans son immense cabane.
— Écoute, dit Poucinet au géant , il faut que l'un de nous deux soit le maître
et que l'autre soit le valet. Faisons un marché. Si je ne fais pas ce que tu
fais, je serai ton esclave; si lu ne fais pas ce que je fais, tu seras le mien.
—
Accepté, dit le Troll; j'aimerais à avoir pour valet un petit fùté comme toi.
Ça me fatigue de penser, tu auras de l'esprit pour moi. Pour
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commencer, voici
mes deux seaux: va me cher- cher de l'eau pour faire le pot-au-feu.

Poucinet leva la tête pour regarder les deux seaux. C'étaient deux tonnes
énormes qui avaient chacune dix pieds de haut et six de large; il lui eût été
plus facile de s'y noyer que de les remuer.
— Ah! ah! dit le géant en ouvrant sa large houche, te voilà déjà empêché, mon
fils; fais donc ce que je fais, va puiser de l'eau.
— A quoi bon? dit Poucinet ; je cours chercher la source, et je la jetterai dans
la marmite, ce seraplus tôt fini.
— Non, non, cria le Troll; tu m'as déjà gàté ma forêt, je ne veux pas que tu me
prennes ma source: demain je serais à sec. Fais le feu, je vais chercher de
l'eau.
Une fois la marmite accrochée, le géant y jeta un bœuf coupé par morceaux, avec
cinquante choux et une voiture de carottes. Il écuma avec une poêle à frire, et
goûta plus d'une fois au bouillon.
— A
table maintenant, dit-il ; nous verrons si tu feras ce que je ferai. Pour ma
part, je me sens d'humeur à manger ce bœuf tout entier, et toi
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par-dessus le
marché, tu me serviras de dessert.
— A
table, dit Poucinet.
Mais
avant de s'asseoir, il glissa sous sa jaquette son grand sac de cuir qui lui
descendait du cou jusqu'aux pieds.
Voici
les deux compères à table; le Troll mangeait, mangeai!, Poucinet n'y allait pas
non plus de main morte; mais c'était dans son sac qu'il jetait viande, choux et
carottes, sans que rien l'arrêtât.
— Ouf!
dit le géant, je n'en puis plus, je vais défaire un bouton de ma veste.
—
Mange donc, paresseux, cria Poucinet en enfonçant la moitié d'un chou sous son
menton.
— Ouf!
dit le géant, je défais un second bouton.
Quel estomac d'autruche as-tu donc, mon fils? On voit que tu es habitué à manger
des pierres.
— Mange donc, paresseux, cria Poucinet en enfonçant un gros morceau de bœuf sous
son menton.
— Ouf!
dit le géant, je défais mon troisième bouton, j'étouffe. Et toi, sorcier.
— Bah ! dit Poucinet, rien n'est plus facile que de se donner un neu d'air.
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Il
prit son couteau, et fendit sa jaquette et son sac dans toute la longueur de
l'estomac.
— A
ton tour, dit-il au géant, fais ce que je fais.
Serviteur, dit-il, j'aime mieux être ton valet; je ne digère pas l'acier.
Chose
dite, chose faite; le géant baisa la main de Poucinet en signe de soumission ;
puis chargeant sur une épaule son petit maître et sur l'autre un gros sac d'or,
il prit le chemin du château.
V
Il y
avait fête au palais, et l'on ne pensait pas plus à Poucinet que si le géant
l'avait mangé depuis huit jours, quand tout à coup on entendit un fracas
effroyable. Le château trembla jusque dans ses fondements. C'était le Troll qui,
trouvant la grande porte trop basse pour lui, l'avait jetée à terre d'un coup de
pied.
Chacun courut à la fenêtre , le roi comme les
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autres, et on aperçut Poucinet
tranquillement assis sur l'épaule de son terrible valet.

Notre aventurier entra de plain-pied par le balcon du premier étage, et mettant
un genou à terre devant sa fiancée :
— Princesse, dit-il, vous avez désiré un esclave, en voici deux.
Cette parole galante fut insérée le lendemain dans le bulletin officiel de la
Gazette de la Cour, mais au moment où elle fut dite, elle embarrassa un peu le
roi. Ne sachant que répondre, il tira la princesse dans l'embrasure d'une
fenêtre.
— Ma
fille, lui dit-il, je n'ai plus de motif pour refuser ta main à ce hardi jeune
homme ; sacrifie toi à la raison d'État; on ne marie pas les princesses pour
leur plaisir.
—
Permettez, mon père, dit l'infante en faisant une révérence, princesse ou non,
toute fille aime à se marier suivant son goût; laissez-moi défendre mes droits à
ma façon.
—
Poucinet, ajouta-t-elle à haute voix, vous êtes brave et heureux , mais cela ne
suffît pas pour plaire aux dames.
— Je
le sais, dit Poucinet, il faut de plus faire leur volonté et se plier à leurs
caprices.
[p.123]
— Vous êtes un garçon d'esprit , répondit la princesse. Puisque vous devinez si
bien, je vous propose une dernière épreuve qui ne doit pas vous effrayer, car
vous n'aurez que moi pour adversaire. Joutons à qui sera le plus fin ; ma main
sera le prix du combat.

Poucinet fit un profond salut; toute la cour descendit dans la salle du trône,
où, à l'effroi général, on trouva le Troll assis parterre. La salle n'avait que
quinze pieds de haut, le pauvre géant n'y pouvait tenir debout. Sur un signe de
son jeune maître, il vint en rampant se mettre auprès de lui, heureux et fier de
lui obéir.
C'était la force au service de l'esprit.
—
Commençons, dit la princesse, mais par une folie.
On dit que les femmes n'ont pas peur de mentir, voyons qui de nous deux
supportera le mieux un mensonge. Le premier qui dira: Cest trop fortj sera
vaincu.
— Pour mentir en riant, ou pour dire la vérité sérieusement, je suis aux ordres
de Son Altesse, répondit Poucinet.
— Je suis sûre, dit la princesse, que vous n'avez pas une ferme aussi belle que
la nôtre. Quand deux bergers cornent à chaque bout de nos
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terres, le premier
n'entend pas le second, le second n'entend pas le premier.
— Qu'est-ce que cela? dit Poucinet. L'enclos de mon père est si vaste que,
lorsqu'une génisse de deux mois entre par une porte , elle en sort par l'autre
déjà vache et donnant du lait.
— Ça ne m'étonne pas, dit la princesse; mais vous n'avez pas un taureau aussi
gros que le nôtre. Un homme peut s'asseoir sur chacune de ses cornes, et ces
deux hommes ne peuvent pas se toucher avec un aiguillon de vingt pieds.
— Qu'est-ce que cela? dit Poucinet. Le taureau de mon père a la tète si large ,
qu'un valet placé
sur une de ses cornes ne peut apercevoir le valet perché sur l'autre corne.
— Cela ne m'étonne pas, dit la princesse; mais vous n'avez pas autant de lait
que nous, car nous en emplissons chaque jour vingt tonnes qui ont chacune cent
pieds de hauteur, et chaque semaine nous empilons une montagne de fromages qui
n'est ni moins large ni moins élevée que la grande pyramide d'Egypte.

— Qu'est-ce que cela? dit Poucinet. Dans l'étable de mon père, on fait de si
grands fromages, qu'un jour notre jument étant tombée dans la
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forme, nous ne
l'avons retrouvée qu'après un voyage de sept jours, encore la pauvre bête
avait-elle les reins cassés. Pour m'en servir, j'ai été obligé de lui remplacer
l'épine du dos par un grand sapin; ce qui allait à merveille. Mais un beau
matin, voilà le sapin qui pousse une branche en l'air, et celte branche devient
si haute, qu'en grimpant après j'arrivai jusqu'au ciel. Là, je vois
une dame en blanc qui filait l'écume de la mer pour en faire du fil de la vierge
; je veux en prendre, crac, le fil casse, et je tombe dans un trou de souris.
Là, qu'est-ce que je vois, votre père et ma mère qui filaient chacun leur
quenouille, et, comme votre père était maladroit, voici ma mère qui lui donne un
tel soufflet, qu'elle lui en fait trembler la moustache.
—
C'est trop fort, s'écria la princesse furieuse; jamais mon père n'a souffert une
pareille indignité.
— Elle
a dit : C'est trop fort y cria le géant; maître, la princesse est à nous.
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VI
Pas
encore, dit la princesse en rougissant. Poucinet, j'ai trois énigmes à vous
proposer, devinez-les, je n'aurai plus qu'à obéir à mon père.
Dites-moi quelle est la chose qui tombe toujours et qui ne se casse jamais.
— Ah!
dil Poucinet, il y a longtemps que ma mère me l'a appris: c'est une cascade.
—
C'est pourtant vrai, s'écria le géant. Qui est-ce qui aurait deviné ça?
—
Dites-moi, continua la princesse, d'une voix plus émue : Qu'est-ce qui fait tous
les jours la même
route et ne revient jamais sur ses pas?
— Ah! dit Poucinet, il y a longtemps que ma mère me l'a appris: c'est le
soleil.
— C'est bon, dit la princesse, pâle de colère, reste une dernière question.
Qu'est-ce que vous pensez et que je ne pense pas? Qu'est-ce que je ne pense pas
et que vous pensez? Quelle est la chose que nous pensons tous les deux? Quelle
est celle que nous ne pensons ni l'uani l'autre?
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Poucinet baissa la tête et
réfléchit ; il était embarrassé.
— Maìtre, dit le Troll, si la chose est trop difficile, ne vous cassez pas la
fùte. Faites un signe, j'emporte la princesse, ça sera fini tout de suite.
— Tais-toi, esclave, dit Poucinet. La force ne peut rien, mon pauvre ami ; tu
devrais en savoir quelque chose; laisse-moi essayer d'un autre moyen.
—
Madame, dit-il au milieu d'un profond silence; je n'ose deviner, et cependant,
dans celte énigme, j'entrevois mon bonheur.
J'ai osé penser que vos paroles n'auraient pour moi nulle obscurité, et vous
avez justement pensé le contraire. Vous avez la bonté de croire que je ne suis
pas indigne de vous plaire, et je n'ai pas la témérité de le penser. Enfin,
ajouta-t-il en souriant, ce que nous pensons tous les deux, c'est qu'il y en a
de plus sots que nous dans ce monde ; ce que nous ne pensons ni l'un ni l'autre,
c'est que le roi, votre auguste père, et ce pauvre Troll aient autant...
—
Silence, dit la princesse, voici ma main.
— Que pensez-vous donc sur mon compte? s'écria le roi ; je serais heureux de le
savoir.
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— Mon bon père, dit la princesse en lui sautant au cou, nous pensons que vous
êtes le plus sage des rois et le meilleur des hommes.
— Bien, dit le roi, je le sais.
En
attendant, il faut faire quelque chose pour mon bon peuple.
Poucinet, je vous nomme duc.
— Vive le duc de Poucinet! vive mon maître, cria le géant d'une telle voix,
qu'on crut que le tonnerre tombait sur la maison.
Heureusement on en fut quitte pour la peur et pour vingt carreaux brisés.
VII
Raconter les noces de la princesse et de Poucinet serait chose inutile; toutes
les noces se ressemblent, il n'y a de différence que dans les lendemains.
Cependant, de la part d'un historien sincère, il serait inexcusable de ne pas
dire que la présence du Troll ajouta beaucoup d'agrément à celte fête
magnifique. C'est ainsi qu'à la sortie du moustier, dans l'excès de sa joie, le
fidèle géant ne trouva rien de mieux à faire que de mettre la
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voiture de noce
sur sa lêle et de ramener ainsi les époux au palais. C'est là un de ces
incidents qu'il est bon de noter, car on ne les voit pas tous les jours.

Le soir, il y eut fête dans toute la résidence.
Festins, discours, verres de couleur, épithalames, feu d'artifice, fleurs et
bouquets, rien ne manqua à la solennité; ce fut une joie universelle.
Dans
le château, chacun riait, chantait, mangeait, parlait ou buvait; un seul homme,
caché dans un coin, s'amusait d'une façon qui n'était point celle de tout le
monde; c'était Paul. Il se trouvait heureux qu'on lui eût coupé les oreilles,
parce qu'il devenait sourd et n'entendait pas les éloges prodigués à son frère;
en revanche, il se trouvait malheureux de n'être pas aveugle, parce qu'il lui
fallait voir le sourire des deux fiancés. Aussi finit-il par s'enfuir dans les
bois, où il fut mangé par les ours; j'en souhaite autant à tous les envieux.
Poucinet était si petit qu'il était bien difficile de le respecter ; mais il
était si affable et si doux, qu'il eut bientôt conquis l'amour de sa femme et
l'affection du peuple tout entier. Après la mort de son beau-père, il occupa le
trône pendant
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cinquante-deux ans, sans que jamais personne un seul jour désirât
une révolution. Fait incroyable, s'il ne nous était attesté par la chronique
officielle de son règne. Il avait tant de finesse, dit l'histoire, qu'il
devinait toujours ce qui pouvait servir ou plaire à chacun de ses sujets; il
était si bon, que le plaisir d'autrui faisait toute sa joie. Il ne vivait que
pour les autres.

Mais pourquoi louer sa bonté? n'est-ce pas la vertu des gens d'esprit? Quoi
qu'on en dise, il n'y a pas de bonne bête ici-bas ; je ne parle que des bêtes à
deux pieds et sans plume.
Quand
on est bête, on n'est pas bon; quand on est bon, on n'est pas bête: croyez-en ma
vieille expérience.
Si tous les imbéciles ne sont pas méchants, ce dont je doute, tous les méchants
sont des imbéciles. C'est la morale de mon conte ; elle en vaut bien une autre.
Qu'on en trouve une meilleure, je Tirai dire à Rome.
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(1)
Chez les Scandinaves, les Trolls sont des géants monstrueux qui habitent les
lacs et les forêts. C'est probablement de ce nom qu'est venu notre mot de drôle,
qui en route a changé de sens.
Notas.
Texto tomado de:
É. Laboulaye 1877.
Poucinet.
En:
Contes bleus, Ed. G.
Charpentier, Editeur, Paris, p. 99-131. Se indica la paginación -entre corchetes
y resaltado en rojo- para facilitar al interesado las citas de partes del
cuento. Ilustraciones
tomadas de E.
Laboulaye
1884.
Last fairy tales, traducción autorizada de Mary L.
Booth, Harper & Brothers Publisher, 382 pp.